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DES INDUSTRIES CÉRÉALIÈRES

MOULIN À PAROLES

Focus métier: Formulateur en nutrition animale

24/08/2016
Marianne Roumégoux
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Le formulateur, “le cœur du réacteur"

Le rôle du formulateur réside en l’élaboration de recettes d’aliments répondant aux besoins d’un animal en incorporant diverses matières premières. Evidemment l’apport nutritionnel nécessaire à une poule pondeuse n’est pas le même que celui d’un porc charcutier. De plus, celui-ci doit évoluer selon le stade de développement de l’animal, mais varie aussi, par exemple, en fonction du mode d’élevage et de l’environnement extérieur (selon les pays). Face à la diversité de matières premières, plusieurs combinaisons peuvent permettre d’atteindre un objectif nutritionnel donné. Le formulateur cherche alors la plus économique possible en fonction du contexte de prix. La volatilité des cours des matières premières complique l’exercice. Or le poste matières premières représente jusqu’à 80% du prix de l’aliment livré à l’éleveur. Et celui-ci pèse pour 60 à 80 % dans le coût des produits animaux (viande, lait, œuf).

Un poste aux enjeux économiques majeurs

La qualité de cette formulation est donc primordiale pour l’ensemble de la filière. Pour définir au mieux ses recettes, le professionnel se base sur des matrices, réalisées en interne ou par les firmes-services, qui définissent précisément les caractéristiques de chaque matière première (teneur en protéines, en acides aminés, lipides, amidon, fibres, humidité,...). Des modélisations qui sont régulièrement ajustées puisque cette qualité évolue au cours du temps, ne serait-ce que lors du passage d’une campagne à l’autre dans le cas de céréales, par exemple. Entre la diversité des aliments produits par l'usine et celles des matières premières disponibles, le nombre de données à exploiter s'avère colossal. Le professionnel s'appuie évidemment pour cela sur des outils informatiques dédiés. 

«Les formulateurs évoluent sur tout poste de l’entreprise»

Le formulateur a donc un rôle primordial, mais aussi central dans une entreprise de nutrition animale, « qui demande rigueur, forte implication mais aussi d’être ouvert aux autres », témoigne un professionnel. En relation avec le service Achats, il est aussi en contact permanent avec l’usine, pour les consignes de production. Celles-ci doivent d'ailleurs tenir compte des contraintes techniques de chaque site. Evidemment, il travaille en collaboration avec les commerciaux, pour définir de nouveaux produits et gammes mais aussi les faire évoluer. Il doit également se tenir au fait des avancées de la législation et de la recherche. 

 

Une fonction tremplin pour une carrière

Le secteur de la nutrition animale français compte quelque 295 unités de transformation réunies dans 187 entreprises qui ont produit 21,3 Mt d’aliments composés en 2013. Un quart d’entre elles fabriquent plus de 100.000 t/an alors que plus de la moitié des usines génèrent 50.000 t/an au maximum. Si les grandes structures disposent de leurs propres départements formulation, les plus petites se tournent vers des firmes services. Notons que la concentration du secteur devrait tendre vers une augmentation de la taille des entreprises. Or « il y a une pénurie de formulateurs sur le marché », témoigne Olga Sieber, responsable du recrutement chez InVivo NSA.

“Une pénurie de candidats”

Ce poste, très technique, n’attire pas les nouvelles générations. Pourtant, «il s’agit d’un véritable tremplin, qui ouvre à l’ensemble des métiers », assure-t-elle. Les professionnels évoluent aussi bien vers des fonctions de support technique Espèce, de la R&D, du marketing, ou des achats… et jusqu’à la direction d’entreprise. Véritables interfaces opérationnelles des métiers de l’entreprise, ils en connaissent toutes les composantes. Qualité nutritionnelle des matières premières, physiologie des animaux, spécificités technologiques, etc. « Nous sommes des experts généralistes de la nutrition animale, résume Marjolaine Lalanne-Rateau. En plus de notre expertise des matières premières, nous sommes régulièrement amenés à synthétiser les savoir-faire des autres services de l’entreprise ». En firme-service, « je produisais les matrices, mais aussi les formules pour nos clients, témoigne-t-elle. Cela supposant de discuter avec l’ensemble de leurs équipes, même en tant que prestataire on se retrouve très impliqué dans la vie de leur entreprise. » Il faut trois années pour être à l’aise dans la fonction de formulateur. « Après six à dix ans, le professionnel est considéré comme expert. Et ils sont rares sur le marché », assure Olga Sieber, regrettant : « les jeunes ne comprennent pas qu’il faut accumuler de l’expérience et s’impatientent vite ».  Après sept années au sein de la firme-service Inzo, filiale d’InVivo NSA, Marjolaine Lalanne-Rateau a, par exemple, intégré le service technique Corporate du groupe coopératif. « Nous y assurons du conseil pour toutes les filiales, en France comme à l’international. Et, dans la mesure où nous suivons ce qui se passe dans l’ensemble des branches, nous assurons aussi un retour d’expérience. Nous sommes le trait d’union du transfert des savoir-faire ! » 

Pas d’important turn over donc sur ce type de métier, mais un manque de candidats. « En choisissant cette fonction, vous ne connaitrez pas le chômage », assure la spécialiste des ressources humaines. Côté salaire, difficile d’avoir des références compte tenu de la diversité des profils d’entreprises. En revanche, il est intéressant d'avoir en tête que le savoir-faire français en matière de formulation est une référence à l’international… 

(Focus Métier extrait de la revue Industries des céréales n°196)

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