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MOULIN À PAROLES

Agriculture et climat, équation complexe mais indispensable à résoudre

04/11/2016
Marianne Roumégoux
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A l’avenir, pour l’agriculture mondiale, « l’enjeu sera de produire plus, mieux, et avec une certaine stabilité, or, comme l’a démontré l’année 2016, aucun pays n’est à l’abri » d’un accident, a résumé Sébastien Abis, représentant du CIHEAM (Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes) et chercheur associé l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques). Il s’exprimait dans le cadre du  lors du colloque “Climat, agriculture et sécurité alimentaire”, organisé par l’AGPB le 3 mars à Paris. Une date qui n’était pas anecdotique : l’événement s’est tenu la veille de l’application de l’Accord de Paris. Adopté l’an passé, par 195 pays et l’UE, il vise à freiner le réchauffement de la planète. Le 7 novembre c’est la COP22, qui entrera dans la phase plus applicative, qui s’est s’ouvert Marrakech.

 

Le réchauffement climatique, une menace pour la sécurité alimentaire

La France accuse cette année une chute de sa production céréalière, l’écartant de l’échiquier international en tant que fournisseur majeur. Du fait du dérèglement climatique, les aléas risquent de subvenir plus souvent, confirment les intervenants au colloque. L’intensification sera plus ou moins marquée selon les régions du globe. Au Maroc, pays producteur mais aussi importateur de blé, français notamment, les périodes de sécheresse reviendraient d’ores et déjà plus souvent et de manière plus intense, rapporte Mohammed Sadiki, secrétaire général du ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime du royaume. Au Soudan, on n’observerait plus que 2 saisons au lieu de 3, et celle des pluies serait encore plus courte qu’auparavant. Les soubresauts de la météo affectent la production agricole et, pour certaines régions du globe, menacent la sécurité alimentaire des populations. Le dérèglement climatique introduit dès lors « une fracture dans la géopolitique mondiale, selon que le pays soit plus ou moins exposé », souligne pour sa part Hervé Maurey, Sénateur de l’Eure et président de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat. Face à la multiplication des accidents, la problématique trouve désormais un écho auprès des politiques, saluent les intervenants.

Une fracture de la géopolitique mondiale

L’équation à résoudre s’avère complexe : dans ce contexte d’instabilité et d’incertitudes accrues, l’agriculture doit relever le défi de produire davantage pour nourrir une population toujours plus importante. L’accord de Paris souligne d’ailleurs cette caractèristique, en indiquant que les efforts agricoles ne doivent pas compromettre la sécurité alimentaire. Et ce, tout en réduisant son empreinte sur l’environnement pour tenter de modérer le réchauffement climatique. Toutefois, les cultures, qui jouent un rôle de puits de carbone, s’avèrent elles-mêmes un levier de lutte contre le dérèglement du climat. « Activité vitale de par sa fonction nutritive, l’agriculture remplit aussi des rôles économiques, sociaux et environnementaux. Elle continue également d’être un déterminant de la stabilité et de la paix », résument pour souligner l’ampleur de l’enjeu, Sébastien Abis et Mohammed Sadiki dans la présentation de leur ouvrage « Agriculture et climat : Du blé par tous les temps » (cf. encadré). Celui-ci a été lancé à l’occasion de cette conférence parisienne.

Adapter les modèles alimentaires

De l’avis des différents intervenants, l’agriculture doit dès lors être repensée selon cette équation et intégrée aux stratégies nationales. Le plan Maroc Vert, qui prévoit 11Md d’investissements sur 2009-2030, aurait ainsi déjà modéré l’impact de la sécheresse sur l’économie du secteur. Les stratégies doivent aussi être mises en perspective avec l’évolution des habitudes alimentaires, sur lesquelles les politiques doivent également peser, défend Pierre-Marie Aubert, chercheur en politiques agricoles et alimentaires à l’IDDRI. Parmi les pistes : « consommer moins de viande » et réintroduire les légumineuses dans les rotations, puisqu’elles favoriseraient les rendements céréaliers, a-t-il mis en avant.

 

Agriculture et Climat : du blé par tous les temps

Climat, agriculture et sécurité alimentaire,  «le blé se situe au coeur de ces problématiques. Denrée de base pour des milliards d’individus, il s’avère essentiel dans l’équilibre des systèmes nutritionnels», insistent Sébastien Abis, administrateur au secrétariat général du Ciheam et chercheur associé à l’IRIS, et Mohammed Sadiki, secrétaire général du ministère de l’Agriculture du Maroc, co-auteurs de l’ouvrage. S’appuyant sur les exemples de la France et du Maroc, « pays dans lesquels le blé occupe une place centrale dans les politiques agricoles et les dynamiques territoriales », ils proposent d’y observer l’évolution des pratiques des céréaliculteurs pour conjuguer sécurité alimentaire et adaptation aux changements climatiques. Et proposent une réflexion prospective sur ces problématiques.

Sébastien Abis sera présent aux 67es JTIC pour présenter et dédicacer son livre, le 10/11 au matin (stand G31). L’occasion d’échanger sur ce thème mais aussi sur celui de son précédent ouvrage : la géopolitique du blé. 

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